"Le Passeur" n'est pas exactement une nouveauté : 1992, ça nous rajeunit pas. Un jour sur YouTube, j'ai failli péter mon écran en entendant que "Le passeur" était la première dystopie. Arg. Et 1984 ? Et Fahrenheit 451 ? Bon : la Youtubeuse s'était juste un peu emballée, il s'agirait en réalité de la première dystopie pour adolescents. J'ai donc emprunté ce titre à la médiathèque sans en espérer grand chose ; je me disais que le style allait être un peu daté, et qu'après tout c'est quand même plus facile de lire Divergente que 1984...
Je viens de le finir (je l'ai commencé hier soir, et encore, entre temps j'ai lancé un chantier couture, regardé deux épisodes de Game Of Thrones, et commandé quelques bouquins), et autant vous dire que je me mettais bien le doigt dans l'oeil. Ce livre est loin d'être un vestige qu'on se force à lire parce que c'est le premier du genre, tout en se disant que depuis on a fait mieux, non. Ce livre est simplement une excellente dystopie, intelligente, bien écrite, qui se lit très facilement mais sans pour autant prendre le lecteur pour un imbécile. Finalement, une des meilleurs dystopies que j'ai lues, et qui montre la plupart des titres du genre tels qu'ils sont : de pâles copies.
Dès les premières pages, j'ai immédiatement retrouvé la froideur de l'atmosphère d'un 1984. Cette mise en condition est à mon avis ce qui manque à beaucoup de dystopies, du moins parmi celles qu'on nous sort à la chaîne depuis les succès d'Hunger Games et Divergente. Ce défaut m'a notamment frappée dans "the Book of Ivy" : non, il ne suffit pas d'écrire un récit au point de vue interne, avec une fille qui finit par se rebeller parce que pfiou décidément, le monde dans lequel elle vit est un tout petit peu trop contrôlé quand même et si elle pouvait elle-même choisir la couleur de sa robe ce serait quand même vachement mieux. Ce que j'ai apprécié dans le Passeur, c'est qu'au début du récit le personnage adhère entièrement aux règles du monde dont il fait partie, elles font partie de lui, il ne connaît que ça, et les failles qui lui permettront plus tard d'y échapper sont quasiment invisibles. Je me souviens avoir retrouvé cet aspect dans "Promise" ; dommage que les deux tomes suivants fussent catastrophiquement dénués d'intérêt...
J'ai ensuite beaucoup apprécié l'éveil du personnage (masculin en l'occurence ; c'est bien sympa la mise en avant des filles dans les dystopies d'aujourd'hui, mais quand ça devient systématique, est-ce encore intéressant ?). Tout est subtil, bien amené, émouvant, et finalement pratiquement aussi dense et profond que 1984, les longueurs en moins. Il m'est difficile d'entrer plus dans les détails sans spoiler : conclusion, à lire !
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